
fappunb
Publié à 0h00 le jeudi 11 février 2010


Le grand public semble parfois imperméable aux questions qui préoccupent nos institutions d'études postsecondaires. Sans aucun doute, le grand public a pris connaissance (et regrette encore) les coûts de plus en plus élevés de l'obtention d'un diplôme universitaire pour les jeunes Acadiens, les fonds insuffisants pour conserver les programmes essentiels tant aux anglophones qu'aux francophones et le manque de subventions pour les projets de recherche des professeurs. Un sujet spécifique semble ressurgir souvent pour mordre nos talons de façon systématique : le fait que les enseignants universitaires ont une sécurité d'emploi connue sous le nom de permanence. En tant que professeur universitaire, j'aimerais exprimer mon point de vue sur cette question.
La permanence garantit que les professeurs à temps plein peuvent enseigner et faire de la recherche sans crainte de représailles en raison d'idées qui pourraient être mal vues par les différents réseaux de pouvoir qui régissent nos domaines intellectuels. Cela signifie qu'un chercheur universitaire qui désire développer un projet qui ne soit pas nécessairement dans l'intérêt des administrateurs ou du parti politique au pouvoir détient la sécurité d'emploi essentielle pour compléter et publier sa recherche. Imaginez un milieu universitaire dans lequel les professeurs seraient obligés d'effectuer des recherches qui reflètent un monde dans lequel tout est merveilleux et qui miroite une philosophie toujours conforme à celle de nos administrateurs ! À bien y penser, exister dans un tel monde ne serait même pas intéressant.
Les professeurs et bibliothécaires permanents sont dans une position avantageuse à la société parce qu'ils sont en mesure d'offrir des points de vue qui pourraient, incidemment, agacer les politiciens, consterner les administrateurs universitaires et même outrager les spécialistes des médias. N'est-il pas dans l'intérêt public qu'un groupe détienne la possibilité de tenir tête aux puissants sans représailles d'emploi? D'autres groupes ne devraient-ils pas avoir, eux aussi, cette possibilité? Pensez à nos journalistes. Ne sont-ils pas censés analyser et publier leurs trouvailles sans crainte de représailles? Je garde espoir qu'ils croient en être capables!
Supposons que la province décide d'abolir la permanence, permettant ainsi le congédiement de professeurs parce qu'ils ont dit la vérité telle qu'ils la perçoivent. Quelle sorte de professeurs les universités néo-brunswickoises attireraient-elles? Je pense qu'on embaucherait uniquement des professeurs et des chercheurs qui ne peuvent pas obtenir des postes ailleurs. Ainsi, nos étudiants diplômés posséderaient bientôt des diplômes qui manquent de crédibilité. La qualité de l'éducation supérieure de notre province chuterait sans avoir aucune chance de se rétablir. Il faut donc à tout prix maintenir la permanence dans toutes les universités. Elle nous permet de faire ce qui nous parait important et ce qui doit être fait en plus de nous inciter à critiquer ce que nous craignons. C'est cela notre rôle d'intellectuels.
Linda Lequin
Présidente
Fédération des associations de professeures et professeurs du Nouveau-Brunswick
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