Fernande Cantin, celle qui lutte pour les autres

Publié à 0h00 le samedi 29 mars 2008
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GRANDE-DIGUE - « Je ne veux pas qu'on parle de moi. C'est beaucoup plus important de parler du cancer du sein. De toute façon, on ne peut pas tout faire tout seul », a déclaré d'entrée de jeu Fernande Cantin en entrevue avec le Journal L'Étoile.

Fernande Cantin ne cherche pas les éloges. La professeure de l'Université de Moncton à la retraite depuis 2001 ne cherche pas non plus de reconnaissance. Toutefois, c'est bien malgré elle que le Théâtre populaire d'Acadie et le Comité des femmes de carrière du Sud-Est lui ont rendu hommage lors d'un souper-bénéfice pour le vestiaire Saint Joseph, le 27 mars.

Fernande Cantin mène une lutte contre le cancer du sein, non pas pour elle-même, mais bien pour toutes les femmes des provinces maritimes. Professeure, infirmière et présidente du Comité de femmes survivantes et ami.e.s de la région de Moncton, Fernande Cantin se démarque par sa persévérance et sa volonté d'améliorer la situation pour les femmes prises avec un cancer du sein.

Son travail, ainsi que celui de son comité, a mené à la création d'une clinique du sein au centre d'oncologie Dr-Léon-Richard à l'Hôpital Georges-L.-Dumont de Moncton. Alors que cette clinique est en opération depuis mars 2003 sous l'habile direction de Mme Linda Varner, une infirmière spécialisée en oncologie, Mme Cantin contemple désormais un projet de Centre intégré du cancer du sein au Centre d'oncologie Dr Léon Richard.

L'aventure a commencé à l'automne 2001 pour Fernande Cantin. Une collègue qui visitait des femmes avec un cancer du sein dans le cadre du programme Toujours Femmes de la Société canadienne du cancer lui parlait souvent d'une longue période d'attente que les femmes devaient subir avant même d'avoir un diagnostic.

« À un moment donné, elle est venue me voir et elle était scandalisée des délais. Cette amie m'interpellait souvent car elle savait que j'étais personnellement très préoccupée par le cancer du sein soit pour l'avoir vécu de près dans ma famille et aussi parce que c'était un sujet de mon enseignement universitaire. Elle me faisait part de son questionnement et de ses inquiétudes vis-à-vis cette trop longue période d'attente avant qu'une femme reçoit un diagnostic. Elle me répétait souvent : ce n'est pas normal, que les femmes avec un cancer du sein aient à attendre si longtemps pour un diagnostic », raconte Mme Cantin.

En 2001, plusieurs femmes attendaient plus de six mois et, même dans certains cas jusqu'à neuf mois entre le diagnostic et le traitement, ce qui diminuait leurs chances de survie. Consciente du problème, Mme Cantin a formé un comité composé de femmes survivantes du cancer du sein et de bénévoles au programme Toujours Femmes de la Société canadienne du cancer, pour ensuite y inclure d'autres femmes ainsi que des professionnels de la santé de la Régie régionale de la santé Beauséjour.

« En janvier 2002, nous avons décidé d'agir en formant un comité de femmes survivantes du cancer du sein avec d'autres femmes et des professionnels de la santé de la Régie régionale de la santé Beauséjour, intéressé au problème du cancer du sein », se souvient Mme Cantin.

Des rencontres sont dès lors organisées afin d'évaluer les divers secteurs impliqués dans le processus. Le but est simple; diminuer l'attente. Le 8 mars 2002, Journée internationale de la femme, le comité rencontre la direction de l'Hôpital Georges-L.-Dumont et démontre qu'il y a urgence d'agir. Sept mois plus tard, une infirmière spécialisée en oncologie, Linda Varner, est embauchée en tant que coordonnatrice navigatrice et en mars 2003, une clinique du sein voyait le jour.

De 2002 à 2004, les délais d'attente entre le diagnostic et le traitement sont passés de huit mois à deux semaines. En 2008, Fernande Cantin souligne que la clinique du sein, au centre d'oncologie Dr-Léon-Richard, est aujourd'hui victime de son succès. Le nombre de femmes référées à la clinique ne cesse d'augmenter, ce qui a pour conséquence de prolonger à nouveau la période d'attente.

Pour Fernande Cantin, la solution pour résoudre cette problématique est claire et passe par la création d'un Centre intégré du cancer du sein. « Nous visons à développer un Centre intégré du cancer du sein auquel pourraient accéder les clientes de la Régie régionale de la santé Beauséjour », souligne-t-elle avec détermination.

On précise par ailleurs que ce Centre aurait un rayonnement au niveau provincial et des autres provinces maritimes, et qu'il serait considéré comme un modèle, un chef de file, non seulement dans notre province, mais dans les autres provinces du Canada.

Selon un document de proposition déposé à la direction générale de la Régie Beauséjour, dont le Journal L'Étoile a obtenu copie, ce centre offrira une approche interdisciplinaire avec un service rapide et efficace de dépistage, de diagnostic et de traitement. En somme, la personne qui s'y présenterait serait prise en charge à partir de la découverte d'une anomalie jusqu'au suivi après le traitement autant pour les nouveaux cas que pour les récidives. D'autre part, afin de favoriser l'approche interdisciplinaire et de maximiser son potentiel, la proposition indique qu'il faut créer un milieu propice permettant aux intervenants d'interagir de façon optimale. « Ça va prendre un édifice pour créer ce centre », affirme Mme Cantin.

Au moment d'écrire ces lignes, la proposition aurait même déjà été déposée au bureau du ministre provincial de la Santé.

En outre, le Comité de femmes survivantes et ami.e.s de la région de Moncton, ayant toujours Mme Cantin à titre de présidente, a organisé le premier colloque francophone du cancer du sein en 2005 à Miramichi, ce qui a permis aux femmes francophones de pouvoir partager leur vécu et ainsi formuler des recommandations au ministre de la Santé. En octobre 2007, un deuxième colloque avait lieu à Beresford. Plus d'une centaine de femmes ont participé à ce colloque. Celui-ci a servi d'exercice majeur de sensibilisation. On a pu également profiter de l'occasion pour recenser les besoins des femmes atteintes de cette terrible maladie.

« Je suis très fière du travail que nous avons accompli. Cela s'est fait sans bruit. Nous avons travaillé en collaboration et nous n'avons jamais fait de pressions par le biais des médias par exemple », de dire Mme Cantin.

Mme Cantin souligne qu'il est important de noter certaines statistiques. Les statistiques démontrent qu'en 2007 ce sont pas moins de 130 femmes au Nouveau-Brunswick qui sont décédées à la suite d'un cancer du sein. Toujours en 2007, on a enregistré 540 nouveaux cas de cancer du sein chez les femmes néo-brunswickoises. Il s'agit du cancer le plus souvent diagnostiqué chez les femmes.

Mme Cantin est originaire de Tracadie dans la Péninsule acadienne. Elle détient un baccalauréat en sciences infirmières de l'Université de Moncton, ainsi qu'une maîtrise en sciences infirmières de l'Université de Montréal.

Elle a enseigné à l'École des sciences infirmières à l'Université de Moncton de 1983 à 2001. Tout en menant une carrière de professeure à l'Université de Moncton, elle a commencé à oeuvrer en 1993 à la Société canadienne du cancer. Elle y œuvre encore activement. Elle a même été présidente de la Société canadienne du cancer pour la grande région de Moncton de 1996 à 2001.

Depuis septembre 2001, elle est membre de la Coalition antitabac du Nouveau-Brunswick et visite les écoles francophones pour donner de l'information aux élèves sur les dangers du tabagisme. Enfin, elle est bénévole auprès du personnel et des personnes handicapées du Phare des services communautaires à Bouctouche..

Fernande Cantin donne aussi des sessions de formation sur les interventions et les soins pour les personnes handicapées. De plus, elle a organisé un groupe de femmes de Grande-Digue qui offrent du soutien à un couple qui sont les parents de triplets. À tour de rôle, ces personnes vont donner un coup de main avec les soins à prodiguer aux enfants.

Finalement, c'est vrai. Même après une longue entrevue et après avoir consulté une foule de documents, on n'aura jamais parlé d'elle. Félicitations Mme Cantin.

4 sur 4

Professeure de l'Université de Moncton à la retraite depuis 2001

Détient une maîtrise en sciences infirmières de l'Université de Montréal

A formé un comité composé de femmes survivantes du cancer du sein et de bénévoles

Vise la création d'un Centre intégré du cancer du sein

 

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